Comme le disait Roland Barthes (Mythologies, 1957), parler nous semble à tous si naturel que nous n’imaginons pas le processus fort complexe de production, de réception et de construction du sens qui se met en branle à chaque fois que nous « prenons la parole ».
Pourquoi parler? Comment comprendre? La langue façonne-t-elle le monde? Que reflète-t-elle de lui, de nous?
Si la langue se définit comme une combinaison de règles morphologiques, syntaxiques et orthographiques, elle constitue aussi un ensemble rigoureux et structuré de signes – qui sont autant d’unités conventionnelles de sens. Parler, communiquer, c’est donc adresser à autrui un faisceau d’indices suffisamment cohérents et pertinents pour orienter l’interprétation du message en faveur entre de telle ou telle signification, dans un contexte donné.
Mais le langage n’est pas seulement un (merveilleux) instrument de communication. C’est aussi un point de vue sur la réalité et sur la façon dont nous tentons d’agir sur elle, de la transformer. En tant qu’outil de la pensée, le langage détermine notre rapport au monde. Son apprentissage, sa maîtrise, exigent de l’être humain qu’il se conforme à un mode de pensée propre à une communauté, une époque, une culture donnée. C’est pourquoi le langage fonctionne aussi comme un révélateur des tendances sociétales.
Comment fonctionne le message? Y a t-il un message sous le message? Comment le processus de l’émergence du sens s’articule-t-il?
C’est précisément l’objet d’étude de la sémiotique, qui analyse, selon une méthode scientifique reconnue, les relations:
- entre les signes et leur signification (sémantique: étude du sens des mots )
- entre les signes et leurs utilisateurs (pragmatique: étude du contexte dans lequel le message est produit, reçu et interprété)
- des signes entre eux (syntaxe: étude de l’organisation des mots entre eux, de leurs interactions)
Une aventure pluridisciplinaire, riche d’enseignement sur la perception et la compréhension du monde qui nous entoure et qui ouvre des perspectives tant opérationnelles qu’ intellectuelles.
Nous avons recours au langage pour nommer, “dire” les choses, mais nous sommes loin de nous imaginer (autrement dit de nous représenter) tout ce que le langage évoque et ”dit” de nous…
